Autre livre que j’ai littéralement dévoré le mois dernier, l’édition de poche du Barman du Ritz de Philippe Collin.
Ce livre existe en version gros caractères mais également en audiobook ou encore en ePub…

J’ai laissé le livre chez ma fille mais retrouvé un cliché sur la toile…
Quelques extraits pour vous inciter à vous procurer ce livre et à le lire…
Jünger pousse un long soupir.
— Nous étions aux frontières de l’anéantissement. On a pris à nos soldats leurs ultimes forces, leurs corps n’ont plus la moindre réserve. Une éraflure de balle et c’est la mort.
— Est-ce pire qu’à Verdun, ou à Péronne?
— Bien pire, soldat Meier. De nos jours, la guerre est menée par des techniciens qui considèrent leurs semblables comme de la vermine. Nous sombrons dans la sphère des insectes. Herr Meier, la vie humaine ne vaut plus rien.
Page 263
Depuis plusieurs jours, Frank s’étonnait de la présence de vieux vélos montés sur cales dans l’arrière-boutique du salon de coiffure. Un groom vient de la lui expliquer : Elmiger a embauché une équipe de cyclistes pour faire chauffer les casques à permanente à la force des mollets et des dynamos. Un vrai coup de génie. Les coupures de courant se multiplient dans Paris, mais les clientes auront leur mise en plis. Dehors, on traque les juifs, on fusille des gamins au mont Valérien, on meurt de faim, mais un palace se doit d’être irréprochable pour ce qui est des bigoudis.
Le Ritz, lieu des illusions.
Page 279
Frank ressent la honte et la frustration de son ami. Il n’est pas fâché que Georges comprenne enfin, fût-ce à ses dépens, que ce monde-là est bien plus pourri que le précédent. Ces gens-là ne volent pas, ils « saisissent ». Ils ne cambriolent pas, ils « perquisitionnent ». Ils ne rackettent pas, ils « dressent un procès-verbal ». Les mots eux aussi ont été spoliés.
Page 286
Ne restent plus dans le bar du Ritz que deux anciens combattants épuisés. Georges a la mine maussade. Ses rêves de mauvais garçon se sont noyés dans la fondrière des vrais salauds. Pétain leur avait promis le redressement de la France, il l’a mise entre les mains des bandits et des maquereaux.
Nous, les soldats de Verdun, le Vieux nous aura trahis comme aucun autre.
Page 289
Savoir entendre sans paraître écouter, c’est cela aussi être l’un des plus grands barmen du monde. Les conversations sont un réconfort pour Frank. Gabrielle Chanel assure s’être pâmée devant les onze heures du Soulier de satin de Claudel à la Comédie-Française.
« Heureusement qu’il n’y avait pas la paire », lui lance Guitry dans un large sourire.
Pages 343/344
— Avez-vous un billet pour moi, Frank ?
— Pas ce soir, mon général, navré. Mme Haag n’est pas apparue au bar depuis plusieurs jours.
Stülpnagel semble dépité. Frank pressent quelque chose d’étrange.
— Je crois savoir qu’elle a été rappelée hier à Berlin avec son oncle, l’amiral Canaris, ajoute Stülpnagel.
Frank ne cille pas.
— Des problèmes ? demande-t-il.
— Je préfère penser que non. En tout cas, vous nous avez été très utile, Frank. Merci infiniment.
— Je vous en prie.
— Peut-être vous demanderai-je à nouveau de jouer le rôle de la boîte aux lettres. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient…
Le général a laissé traîner sa fin de phrase comme pour donner au barman le temps de réfléchir. La requête n’est pas mince : en ce moment, jouer les boîtes aux lettres pourrait lui coûter très cher. Frank tente d’analyser la situation. Stülpnagel et Inga Haag étaient-ils vraiment amants ? Peu probable. Un complot de la Wehrmacht contre les croix gammées ? Peut-être.
Pages 360/361
Note de fin : des tas de critiques ont évoqué ce livre qui retrace la vie dans cet hôtel place Vendôme, non loin des petites rues que j’ai fréquenté pendant trente ans…
Mais ce qui m’a touché reste cette position privilégiée où se côtoient artistes, futurs collaborateurs, nouveaux maîtres et vainqueurs, résistants, pourvoyeurs de faux papiers, tortionnaires au service de la Gestapo.
Ou ces figures qui ont tenté d’inverser le cours de l’histoire…
Avant de réduire mon activité ces prochaines semaines, cette simple recommandation d’un ouvrage qui se lit par chapitres, dans l’ordre que vous souhaitez et que j’ai déjà prêté à une amie de mon village… qui le trouve remarquable.
Il est vrai que les politiques de tous bords ont une forte tendance à se référer à l’histoire…
Parfois, c’est comique ou maladroit mais c’est souvent approximatif, voire faux…
Et c’est ici qu’intervient — avec humour et précision — Jean-Christophe Piot, journaliste, historien de formation, titulaire d’un Master d’histoire des religions romaines, entre autres.
J’avais entendu quelques podcasts de ce JC là, lu naguère quelques chroniques mais je suis tombé sur ce bouquin…

Comme mes yeux sont fatigués, au lieu de m’offrir la version ePub, je suis passé chez Goulard à Aix-en-Provence anticipant un long trajet en train…
Et rappeler que l’on peut être reçu premier, en 1997, à l’agrégation d’histoire, être cousin issu de germain de l’humoriste Thomas VDB (!)… et se faire méthodiquement remettre en place par Jean-Christophe Piot…
Je vous rassure, ce n’est pas le seul, de droite comme de gauche, à prendre des libertés et user de grosses ficelles pour assurer sa rhétorique…
Brutus…?
« Rome tombait alors dans la décadence. Vous jouez assez bien le rôle des Brutus, ceux qui sont incapables de respecter la démocratie, ceux qui sont incapables de respecter la République. »
Laurent Wauquiez à l’Assemblée nationale, le 14 janvier 2025
À lire dans l’ouvrage — pages 35 à 43 — la démonstration complète (et implacable) de Jean-Christophe Piot à propos de cette déclaration, de ces contradictions, dont…
[…] César s’apprête à tomber le masque et à réclamer le titre de roi. C’est cette conviction qui conduit une poignée de sénateurs à planifier le meurtre de César. Menée par Cassius, la conjuration s’assure rapidement le soutien décisif de Marcus Junius Brutus. Décisif pourquoi ? Parce que ce Brutus est le descendant de Lucius Junius Brutus, l’homme qui a fondé la République cinq siècles plus tôt, en 509 av. J.-C., en chassant le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe, et établi le régime républicain.
Ce n’est pas qu’une excuse rhétorique qui justifie un assassinat politique ; pour un Romain de noble ascendance, se montrer à la hauteur de ses ancêtres est une obligation morale, quelque chose de l’ordre du devoir et la loyauté qu’on doit à sa lignée.
Et l’auteur de conclure…
[…] Ce qui est inquiétant, c’est que la réussite académique de Laurent Wauquiez devrait le préserver de ce genre d’erreur, qui apparaît donc assez probablement volontaire, sauf à considérer que le major de l’agrégation d’histoire puisse sérieusement estimer que la République romaine peut servir de référence en matière de démocratie. Manipuler une période antique qui mérite mieux que des anachronismes aussi flagrants, c’est prendre l’histoire pour un paillasson rhétorique qui lui permet surtout de disqualifier ses adversaires, au mépris de la plus élémentaire honnêteté intellectuelle.
Voilà, voilà…
C’est hyper instructif, intéressant, drôle (avec des vannes dans les titres) et c’est une manière géniale de revisiter l’histoire, d’apprendre des faits, de la dépoussièrer…
Deux autres exemples/citations plus court(e)s…
Clovis…?
Pages 102 à 105
Preuve que ce patrimoine personnel n’est pas un État et n’a aucune continuité, le royaume de Clovis éclate à sa mort, partagé entre ses quatre fils (Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire). Le pouvoir mérovingien est un pouvoir personnel qui n’a pas le moindre rapport avec l’idée de nation, concept impensable et impensé au temps de Clovis. Bien plus tard, au temps des Capétiens, il faudra des siècles pour affirmer l’idée d’une France cohérente, inaliénable et indivisible.
Blouses…?
Pages 310 à 312
Au début des années 1880, lorsque les lois de Jules Ferry rendent l’enseignement obligatoire, elle remplit cette même fonction dans les classes en protégeant les habits des écoliers de tout ce qui peut les salir : la poussière de craie, l’encre qui alimente leurs plumes… Soit dit en passant, elle n’est pas obligatoire au niveau national non plus. Là encore, aucun texte législatif ne l’impose ; en revanche, l’immense majorité des écoles primaires et des collèges l’adopte, essentiellement pour des questions d’hygiène et de propreté.
[…] Ce qui a vraiment tué la blouse, ce n’est pas la jeunesse étudiante, c’est le stylo Bic. Au début des années 1960, lorsque le stylo à bille se généralise, il signe la fin des encriers - donc des taches. L’invention de Marcel Bich ringardise alors la blouse, désormais aussi inutile que l’uniforme.
Excellent bouquin à lire puis à partager…
Une manière de découvrir qu’Éric, Jean-Luc, Emmanuel, Bruno, Laurent (déjà cité), Elon, Donald, Benjamin, Marion, Nicolas, François, Philippe, Jean-Marc, François, Bruno, Manuel, Marine, Jean-Marie, Jordan, Louis… ne sont pas à l’abri d’énormes bévues en essayant de nous faire prendre des vessies pour des lanternes…
Note de fin : j’ai apprécié — même s’il n’est pas le seul — la réhabilitation de Marie-Antoinette à propos de cette phrase qu’on lui prête… “qu’ils mangent de la brioche”…
Ben non…!
J’écoutais cette chronique radiophonique sur le poids grandissant de l’IAg aujourd’hui et cela me remet en mémoire quelques passages difficiles dans nos activités des décennies passées.
Contexte : en 1984, nous avons acquis notre premier outil de production informatique, un Apple Lisa. Au fur et à mesure de nos usages et la découverte des capacités de cette machine, de premières apps encore balbutiantes, il était clair que nombre de cartes allaient être redistribuées et nous en discutions parfois avec les professionnels des arts graphiques qui ne prenaient pas cette menace au sérieux, surtout après avoir investi des sommes considérables dans la dernière génération de photocomposeuse…
Sauf que la vague informatique est arrivée nettement plus rapidement qu’escomptée, que ces alertes n’ont servi à rien, nous-mêmes amenés à upgrader fréquemment nos outils pour ne pas être balayés.
Vers la fin des années quatre-vingt dix, nous avons assisté à la disparition des photocompositeurs, des coursiers, aux signes avant coureurs de fin de la photo argentique, des flasheurs, des monteurs films, des chromalins…
Nous n’étions pas épargnés d’autant que nous avions naturellement des concurrents : certains en conformité côté licences de produits légaux. Et d’autres qui s’affranchissaient des règles (comprendre, ceux dont le matériel était tombé du camion…) communes.
Puis ce fut des concurrents à l’étranger, des petites mains mal payées dans un pays francophone mais accessibles via le net.
Nous avons également vécu une phase intermédiaire assez vicieuse avec des graphistes embauchés chez nos clients éditeurs avec une mission : reprendre toutes les missions confiées aux studios indépendants qui gravitaient autour de ces derniers et leur qui coûtaient (sic !) un pognon de dingue. Et rationaliser la production avec des chartes graphiques maison.
Et ce, avant de se faire dégager à leur tour.
Aujourd’hui c’est l’IAg qui est ouvertement déployée en interne par des responsables éditoriaux. Elle réalise les visuels qui leur conviennent, répond aux envies des décideurs.
Prompts et tokens en hausse…
Cela me remet en mémoire la phase ultime que nous avons vécu, quand nos clients consultants se sont accaparés nos outils de production pour réaliser leurs présentations en s’appuyant sur des templates prêtes à l’emploi.
L’aspect ça coûte moins cher était plus que discutable : au lieu de phosphorer sur une présentation, ces consultants fort bien payés produisaient — en nettement plus de temps et sans une once d’originalité — ce qui était notre activité.
Pour finalement réduire les coûts, les graphiques les plus conceptuels, les fameuses matrices (que nous avions réalisées…!), étaient recyclés quasi en boucle dans les nouvelles présentations clients !
Mais, et ce n’est plus une hypothèse, que se passe-t-il quand tous les jobs sont grignotés par l’IAg et même, gag, l’activité de conseil ?!
- Bosser plus ?! C’est le programme que certains candidats à la présidentielle souhaitent adopter une fois élus !
- Traverser la rue ? C’est une option pour une personne qui dispose d’un bon réseau mais malheureusement en perte de vitesse !
- Accepter n’importe quel job alimentaire malgré des années d’université ? Encore faut-il déjà trouver une offre d’emploi et pas trop éloignée de chez soi sous peine de tout consommer en transports…
Je pense à toutes ces personnes qui parlent de multiples langues, diplômes et ne (re)trouvent pas de travail. Et puis il y’a celles remplacées par de l’IA ou sont en cours de l’être car elles coûtent trop cher…
Si nous sommes très très mal barrés chez les gueux, les sans dents, il est interessant (sic !) de découvrir que cela touche des professions qui semblaient jusqu’à présent épargnées.
Pour mémoire, même dans notre cursus cela devient compliqué.
D’ailleurs les génies de l’IAg commencent à s’interroger : si plus personne n’a de travail, qui va acheter leurs produits ?
Je suis tombé sur cette chronique radiophonique qui mérite d’être écoutée.
Comme pour les stupéfiants, les premières doses sont gratuites…
Quand j’ai démarré ce billet il y a quelques semaines (…oui, je laisse mes agacements reposer …ce qui rend ces humeurs décousues…), j’étais pessimiste (je le suis toujours…).
Mais ces quelques informations m’ont amusé…
Dont Microsoft To Shift GitHub Copilot Users To Token-Based Billing, Tighten Rate Limits ou l’épatant AI agents can now cost more than the humans they were supposed to replace – Startup Fortune.
Ah bon…?
Ben alors…?
Ajoutez les incertitudes dues à l’énergie avec ce détroit bien verrouillé ; les investisseurs qui attendent un retour sur leurs investissements ; le paquet de dettes à combler — How OpenAI Kills Oracle — ; les utilisateurs qui découvrent la face sombre des résultats générés par ces outils — LLMs Corrupt Your Documents When You Delegate — ; Les inquiétudes grandissantes sur l’emploi ou l’accaparement des ressources — « L’IA fait face à une fronde croissante de la population américaine », en raison de son caractère énergivore ou de ses effets sur l’emploi — l’envers des datas centers, l’artificialisation des sols, le bruit — « Un bruit constant » : en Virginie, les riverains des data centers paient le prix fort de l’IA — la pollution, etc.
Sans oublier les effets de bord même chez nous qui disposons de centrales : La France veut multiplier les centres de données sans calculer leurs conséquences | Alternatives Economiques…
Rassurez-moi…? Toute pyramide de Ponzi finit bien — un jour — par s’effondrer…
Ou pas…?!
Note de fin : la baston entre Sam et Elon, c’est pour nous divertir, nous faire oublier que l’on va dans le mur ?